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Revenu universel : Koenig vs Harari

Revenu universel : Koenig vs Harari

Lors d’une rencontre organisée jeudi dernier par Génération Libre, Le Point et Albin Michel, Gaspard Koenig et l’historien Yuval Noah Harari ont, entre autres sujets, débattu de la notion de revenu universel. Depuis plusieurs années, notre think-tank défend une proposition de revenu universel ambitieuse et budgétée : « Le LIBER, un revenu de liberté pour tous » (lire ICI).

 

Pour visionner le teaser de la conférence, cliquer ICI.

Voici le compte-rendu de l’échange entre Gaspard Koenig et Yuval Noah Harari sur ce sujet.

Gaspard Koenig plaide pour un revenu universel de base, reçu par tous de manière inconditionnelle, tout au long de leur vie, et perçu sous la forme d’un crédit d’impôt. Un tel revenu universel fournirait aux individus une véritable liberté de choix dans leurs activités. Par ailleurs, dans un monde schumpetérien où le contenu des emplois change régulièrement de nature, un revenu universel de base s’accorderait avec une société où le travail revêt, en conséquence, des formes de plus en plus variées.

Pour Gaspard Koenig, un tel revenu universel fournirait aux individus une véritable liberté de choix dans leurs activités.

Yuval Noah Harari est plus mitigé sur la pertinence du revenu universel de base. Certes, de nouveaux emplois seront créés via le processus de destruction créatrice, mais y en aurait-il assez, et de façon égale sur l’ensemble du globe ? Est-ce que les personnes concernées seront capables de développer les nouvelles compétences requises dans le temps imparti ? La pression psychologique peut être d’une grande violence quand on doit se réinventer à 40, 50 et 60 ans à cause de l’intensification de la révolution de l’intelligence artificielle.

Pour Yuval Noah Harari, la pression psychologique peut être d’une grande violence quand on doit se réinventer à 40, 50 et 60 ans à cause de l’intensification de la révolution de l’intelligence artificielle.

D’après Yuval Noah Harari, le problème ne vient pas forcément des pays leaders de la révolution de l’intelligence artificielle qui, à travers une offre plus grande de services, verront la demande de travail augmenter. Le problème vient des pays qui ne suivront pas cet essor technologique. Ces pays perdront leur statut d’ « usine du monde » et les emplois qui vont avec. Si les procédés de production sont automatisés, pourquoi en effet exporter les robots au Bangladesh et ajouter des coûts de transports quand la production peut être relocalisée dans le pays-consommateur ?

Surtout, ces pays risquent d’être exclus de cette nouvelle offre de service. Si les milliers d’ingénieurs en Californie veulent chacun un professeur de yoga privé, un jardinier personnel, etc., ils ne peuvent engager quelqu’un en Honduras, sauf si ce dernier émigre. De là découle une importante question concernant l’immigration. Les travailleurs du Honduras, par exemple, seront-ils autorisés à venir travailler aux Etats-Unis pour chaque ingénieur californien ? C’est peu probable, et dans ce cas un fort déséquilibre entre la demande de travailleurs aux Etats-Unis et le chômage au Honduras se maintiendra.

La définition de chaque terme de « revenu universel de base » est aussi problématique. Qu’est-ce qu’ « universel », et qu’est-ce qui est « de base » ? Ainsi, quelle est l’échelle d’application du revenu universel? Est-elle nationale ou mondiale ?

La définition de chaque terme de « revenu universel de base » est aussi problématique. Qu’est-ce qu’ « universel », et qu’est-ce qui est « de base » ? Ainsi, quelle est l’échelle d’application du revenu universel? Est-elle nationale ou mondiale ? S’il est relativement acceptable de prendre de l’argent en Californie pour payer des gens en Pennsylvanie, prendre de l’argent en Californie pour payer des gens en Honduras est un sujet beaucoup plus sensible.

En outre, la définition de ce qui est « basique » est culturelle.

En outre, la définition de ce qui est « basique » est culturelle. Biologiquement parlant, 3000 calories par jour suffisent à l’Homme. Néanmoins, en France d’autres variables pourront être considérées comme étant de base, telle l’éducation. Dans ce cas, quel niveau d’éducation y correspond ? Primaire ? Lycée ? Doctorat ? Cela inclut-il de savoir jouer du violon ? La décision de ce qui relève du nécessaire est primordiale, car ce qui sera défini comme tel sera offert à tous, mais le reste pourra n’être accessible qu’à une élite.

Est-ce qu’une quantité d’argent pourrait malgré tout aider les individus à prendre librement des décisions, indépendamment de toutes contraintes financières, comme le défend Gaspard Koenig ? Le prix d’un bien ou service est déterminé par combien doit être versé pour l’usage de ce bien ou service. Ainsi en offrant la même somme à tous, le revenu universel réintroduit des mécanismes de justice sociale, car tout le monde sera privé d’une quantité similaire de biens qui seront achetés par d’autres.

Yuval Noah Harari introduit l’exemple de la biotechnologie pour répondre à cet argument. Parce qu’extrêmement onéreuse, il est impossible de la fournir à tous. Ainsi, que faire si seules les élites peuvent vivre jusqu’à 500 ans ou concevoir de super-bébés ? Interdit-on la biotechnologie parce qu’elle n’est pas accessible à tous ou accepte-t-on que ce soit l’avantage des plus riches exclusivement ?

Ainsi, que faire si seules les élites peuvent vivre jusqu’à 500 ans ou concevoir de super-bébés ? Interdit-on la biotechnologie parce qu’elle n’est pas accessible à tous ou accepte-t-on que ce soit l’avantage des plus riches exclusivement ?

Les individus considèrent généralement comme acquis ce qu’ils ont déjà. Ainsi, Yuval Noah Harari souligne qu’on ne peut réellement rétorquer à quelqu’un qui se plaint qu’il est privilégié parce qu’il accès à de meilleurs soins de santé que n’en avaient Louis XVI. Les gens ne se comparent pas au passé, mais aux élites du présent. Ainsi, si les plus riches de la planète peuvent vivre éternellement, ceux qui ne le peuvent pas s’en plaindront. C’est pourquoi le revenu universel ne peut pas apaiser les tensions sociales entre les différentes classes. S’il peut donner accès à un certain nombre de biens ou services, le débat politique se portera alors sur ce qui reste inaccessible.

Pour lire notre rapport « Le LIBER, un revenu de liberté pour tous », cliquer ICI.

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